Monseigneur, toute conversation sur l’orthodoxie en Europe occidentale commence presque toujours par le mot « émigration ». Dans quelle mesure ce mot décrit-il encore votre réalité ?
Il décrit une origine, mais depuis longtemps il ne décrit plus la vie. Ceux qui entrent aujourd’hui dans nos églises sont nés ici, ou bien sont arrivés récemment et pour de tout autres raisons. Pour beaucoup, le français, le néerlandais ou l’anglais est la première langue de la prière. L’Église ne peut pas leur parler la langue du souvenir.
Que reste-t-il alors de la tradition russe, si la langue change ?
Il reste ce pour quoi elle existait : l’ordonnance de l’office, le chant liturgique, le rapport à la parole et au silence, l’école théologique qui a grandi ici au XXᵉ siècle. La tradition n’est pas une vitrine de musée, c’est une manière de transmettre la foi. Et elle se transmet aussi en français.
Une paroisse n’est pas une association de compatriotes. C’est le lieu où un homme, de quelque nation qu’il soit, apprend qu’il est chez lui.
En Europe, la présence orthodoxe est répartie entre de nombreuses structures. Comment en parler honnêtement ?
En ne faisant pas des différences le sujet. Elles existent, il ne faut pas les cacher, mais au centre du récit doivent se trouver la foi, l’homme, la communauté, les lieux saints et l’histoire. Nous parlons de ce qui unit : d’un seul calice, des mêmes saints, des villes où les reliques des saints du premier millénaire reposent à deux pas de nos églises.
Ces dernières années, beaucoup de personnes sont venues à nous qui n’avaient jamais mis les pieds dans une église. Elles posent des questions simples — et c’est la meilleure chose qui puisse arriver à un média : il cesse de se parler à lui-même.


Comment voyez-vous la paroisse européenne dans vingt ans ?
Plurilingue, avec de jeunes familles, un chœur qui chante par ses propres forces, une école du dimanche et des portes ouvertes en semaine. Et avec la claire conscience que nous ne sommes pas ici des hôtes de passage.
